Les Libres défendent un soutien accru aux médias, pilier de notre démocratie

Le Grand Conseil vaudois a réservé mercredi un bon accueil au paquet d’aide à la presse du Conseil d’Etat.  Les  députés Libres, par leur président, Jérôme Christen, ont salué la pertinence des mesures proposées qui ne mettent pas en péril l’indépendance de  la presse. Ils ont toutefois estimé qu’elles étaient insuffisantes et qu’il était indispensable que le gouvernement poursuive ses réflexions pour les compléter et les renforcer.

Les enjeux considérables : la nécessité de préserver des emplois, de maintenir un journalisme de qualité, la survie de titres qui contribuent à favoriser les interactions sociales. La presse sert de lien communautaire, en particulier la presse locale pour tout ce qui touche au monde associatif du sport, de la culture et des loisirs.

Le parlement a voté en premier débat un train de mesures à 6,3 millions sur cinq ans, qui comprend la publication d’annonces, la création d’un kiosque numérique et des mesures pour inciter les jeunes à s’informer dans les médias payants.

Voici l’intervention de Jérôme Christen

Les médias sont dans une situation périlleuse en particulier la presse écrite romande. Sa diversité risque d’être réduite à la portion congrue, le peu qu’il lui reste est même menacée par la crise pandémique et de mesures de soutien plus larges que celles déjà mise en vigueur dans l’urgence sont nécessaires.

Ce constat inquiétant nous le faisions avant la pandémie. Depuis, la situation s’est aggravée à tel point que l’hebdomadaire gratuit Le Régional, en dépit d’un apport en capital d’un grand groupe de presse, a du tirer la prise. Les journaux du groupe TX Media accusent eux une perte de plus de 50% depuis le début de la Covid-19. Le rapport de la commission nous apprend même que le Journal de Morges a perdu 95% de sa publicité, pour ne citer que quelques signes qui constituent la partie émergée du bateau qui coule.

Il y a encore deux ans pour certains députés, la question d’un éventuel soutien à la presse devait être écarté. C’était également le point de vue exprimé par la direction de TX Media qui y voyait une mise en cause de l’indépendance des médias, indispensable au bon fonctionnement de la démocratie et qui freinerait l’innovation». Mais aujourd’hui le risque de naufrage touche les plus gros navires.

TX Media y voyait surtout le risque d’un soutien à des médias qui constituent des grains de sable dans le développement de son activité à tendance monopolistique.

La question de la liberté de la presse et de son risque de dépendance est légitime, c’est même une question centrale. Nous avions alors rappelé lors du débat sur le postulat de notre collègue Induni que la RTS était un média financé par les pouvoirs publics et que nous devions nous rendre à l’évidence que la RTS ne manquait en aucun cas d’indépendance vis-à-vis du pouvoir politique.

On peut d’ailleurs ajouter que la RTS dont le fonctionnement ne dépend pas de recette publicitaires, dispose d’une indépendance vis-à-vis de tout groupe de pression en particulier des groupes commerciaux, ce qui n’a pas été le cas des médias dont le fonctionnement dépend des recettes publicitaires. Vous vous rappelez peut-être des pressions que le quotidien Le Temps avait subies il y a quelques années de la part d’un groupe horloger qui avait retiré ses contributions publicitaires suite à un reportage peu apprécié.

Des journalistes qui sont sous pression avec une menace permanente de perdre leur emploi sont-ils vraiment indépendants, lorsque les annonceurs deviennent menaçants ?

Il n’en demeure pas moins que le risque d’une prise de contrôle du pouvoir politique sur des médias existe. Les politiques dépendent des journalistes pour faire parler de leurs actions et les journalistes dépendent des politiques pour obtenir de l’information. Leurs interactions peuvent provoquer des situations de dépendance néfastes pour la qualité voire la véracité de l’information. Il est donc indispensable de ne pas accentuer cette situation de dépendance par un soutien inapproprié qui pourrait servir de levier à une pression larvée.

A cette question fondamentale, nous répondons donc, après examen que les mesures proposées sont intelligemment adaptées de telle sorte qu’elles ne remettent pas en question l’indépendance de la presse.

La pertinence des mesures proposées, pour qu’elles atteignent la bonne cible, était déterminant pour le groupe des Libres. Nous aimerions relever la qualité du projet présenté par le Conseil d’Etat qui, non seulement, à su s’entourer d’experts reconnus et qui a également su les entendre pour faire les bons choix.

Lors de notre débat de 2018, nous avions souligné le fait qu’un soutien était indispensable, mais que ces conditions d’octroi devaient être ciblées pour une autre raison que la liberté de la presse. Pas question que l’argent de l’Etat serve à engraisser des actionnaires gloutons qui se fichent éperdument de la qualité de l’information dès lors que leur seul intérêt est un rendement financier à deux chiffres.

Lors des travaux de la commission, Isidore Raposo, journaliste émérite, fondateur du Journal La Région Nord Vaudois, a d’ailleurs relevé le fait, c’est écrit dans le rapport « que les éditeurs qu’il a connus au début de sa carrière étaient d’authentiques éditeurs, avec la passion d’informer, tandis que leurs enfants sont plutôt des passionnés de finances ».

Sur cette question là aussi, nous estimons que le Conseil d’Etat apporte les bonnes réponses avec des mesures qui privilégie un soutien ciblé qui limite le risque de détournement des objectifs visés.

Le défi est de taille, les enjeux considérables : la nécessité de préserver des emplois, de maintenir un journalisme de qualité, la survie de titres qui contribuent à favoriser les interactions sociales, la presse sert de lien communautaire, en particulier la presse locale pour tout ce qui touche au monde associatif du sport, de la culture et des loisirs. Sur le plan cantonal et national, elle permet à chacun-e de se forger des opinions, elle permet de fournir des éclairages sur des enjeux fondamentaux, elle joue également le rôle de contre-pouvoir. C’est un pilier de notre démocratie.

Nous étayons notre point de vue, avec les propos tenus, lors de nos auditions de la commission, par Cédric Jotterand, président de Vaud Presse et rédacteur en chef du Journal de Morges qui a dit à quel point il y avait lieu de « préserver une presse de proximité jouant un rôle dans les régions pour le débat démocratique et le débat d’idées. »

Il a aussi relevé le fait que « jamais les audiences de l’information journalistique de qualité n’ont été aussi élevées qu’au cours de ces derniers mois. Cela ne s’est certes pas traduit en recettes publicitaires, mais cela montre l’importance du soutien de la production de contenus d’informations de niveau journalistique par rapport à des pseudos informations sur les réseaux sociaux. »

M.. Jotterand a insisté sur la nécessité de soutenir avant tout les médias de proximité qui jouent un rôle social déterminant en relatant une décision importante d’un Conseil communal, d’une votation villageoise, d’un giron de jeunesse ou d’une manifestation comme la Nuit des épouvantails. Sans ancrage, c’est l’identité d’un village, d’un district et d’un canton qui risque de s’évanouir avec des dangers évidents, a-t-il encore déclaré.

Le recours à la presse locale et régionale comme vecteur d’information publicitaire est indispensable. Le Conseil d’Etat devra y veiller dans son choix de répartition du gateau publicitaire prévu par ce projet de décret.

Le reportage de 24 Heures.
https://www.24heures.ch/le-plan-vaudois-daide-a-la-presse-est-lance-166112710028

Le reportage du Courrier.
https://lecourrier.ch/2020/12/16/bon-accueil-pour-le-projet-vaudois-daide-a-la-presse/

Le reportage de l’ATS-via Le Quotidien de la Côte.
https://www.lacote.ch/articles/regions/vaud/bon-accueil-pour-le-projet-vaudois-d-aide-a-la-presse-1019924


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